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Diabète & LGBTQ+ : fournir des soins et une formation adaptés aux personnes diabétiques LGBTQ+.

Par Nina Tousch – Publié le 05/02/2021

Les professionnels de santé sont tenus de prendre soin des patients quelle que soit leur nationalité, leur religion ou leur orientation sexuelle. Néanmoins, ce n’est pas parce que les soignants ne doivent pas discriminer leurs patients que nous ne devons pas parler des différentes populations de patients, comme des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queers, intersexes, asexuelles (LBGTQ+). En effet, comment peut-on répondre à leurs besoins et à leurs questions si nous n’étudions pas leurs particularités de santé ?

Peu d’information et de ressources en français.

 

Une personne diabétique et LGBTQ+ qui recherche des informations, des témoignages ou du soutien, ne trouvera que très peu de ressources utiles en ligne, en français. Et pourtant, même si nous n’avons pas de chiffres à l’appui, la communauté diabétique LGBTQ+ existe et nécessite d’être prise en compte par les professionnels de santé. (Aux États-Unis, il est estimé que 5 % de la population diabétique est LGBT). Les articles qui donnent la parole aux personnes LGBTQ+ diabétiques sont majoritairement en anglais, comme celui-ci ou celui-là. Certains témoignages font un parallèle entre révéler son homosexualité et révéler son diabète en soulignant que les deux révèlent une vulnérabilité et générent la peur d’être rejeté. D’autres témoignent que leur coming out les a aidé à accepter leur diabète.

L’absence d’information et de ressources en français à ces sujets nourrit indubitablement un sentiment de solitude et empêche les personnes de s’identifier, de se réconforter et d’obtenir des réponses à leurs questions.

 

Une réfléxion qui a déjà commencé aux États-Unis.

 

Outre-Atlantique, l’AADE (American Association for Diabetes Educator) a publié un guide de langage et de vocabulaire destiné aux professionnels de santé. On trouve facilement sur internet des témoignages, comme celui d’une personne transgenre qui s’interroge sur les effets de la thérapie hormonale sur sa glycémie et sa sensibilité à l’insuline. Des associations ont même été créées pour soutenir les personnes diabétiques et LGBTQ+. Dans le milieu scientifique, l’infirmière et éducatrice Teresa Garnero a ouvert la discussion en publiant en 2010 un article pionnier dans la réflexion sur la prise en charge des personnes LGBT diabétiques. (L’article s’intéresse aux personnes LGBT. Dans la suite de cet article, lorsque nous mentionnerons les personnes LGBT, nous faisons référence à cet article). Le système de santé américain a beaucoup de lacunes, mais une chose est sûre, leur approche scientifique et sociale de la question de l’orientation sexuelle, de l’identité et du diabète nous devance. Nous devons apprendre de cette approche pour améliorer notre propre prise en charge, pour à notre tour, inspirer d’autres systèmes de santé.

 

Un système de santé plus inclusif est une question sociale…

 

La formation médicale et le nombre d’études sur la population LGBTQ+ font plutôt défaut en France. Plus généralement, tout se passe comme si le système de santé était hétéronormé. L’hétéronomie consiste à affirmer que l’hétérosexualité est la norme en matière de pratique sexuelle. Par exemple, c’est présumer que les femmes sortent avec des hommes. C’est aussi présumer qu’elles veulent certainement des enfants et qu’elles tomberont nécessairement enceintes à un moment ou à un autre dans leur vie. 

Or, lorsque nous allons à une consultation médicale, nous ne voulons pas être jugés à cause de nos résultats glycémiques, et encore moins à cause de notre orientation sexuelle ou notre genre. 

Demandez-vous : est-ce que je me sens en sécurité dans le service d’endocrinologie de mon hôpital (et tout autre lieu public, en fait) ? Est-ce que le service ou le personnel soignant est hétéronormé ? Mon service propose-t-il des brochures ou des ressources à destination des personnes (diabétiques) LGBTQ+ ?

 

…Mais surtout une question de santé.

 

Mettre en avant les personnes LGBTQ+ dans le parcours de soin n’est pas qu’une question d’empathie, de tolérance, ou de respect. C’est une question de santé. En effet, les personnes LGBTQ+ ont des particularités de santé qui peuvent mener à un diabète ou aggraver leur diabète si elles ne sont pas prises en compte dans leur prise en charge. Dans l’article de Teresa Garnero, elle présente pour la première fois les craintes des patients diabétiques et LGBT et les principaux risques de complications susceptibles d’affecter leur diabète. Elle liste une série de facteurs à risques. Par exemple, les lesbiennes ont plus de risque de développer le syndrome des ovaires polykystiques, qui peut favoriser l’apparition d’un diabète de type 2. Les personnes LGBT sont aussi plus susceptibles de développer des troubles alimentaires et psychologiques que les personnes hétérosexuelles. Une autre étude américaine a elle aussi démontré que les personnes lesbiennes et les bisexuelles avaient 27% plus de chance de développer un diabète de type 2.

Ces exemples, bien que non-exhaustifs, montrent à quel point il est important de prendre en compte l’orientation sexuelle et l’identité de genre du patient, avec son accord, afin de lui apporter les meilleurs soins, adaptés à ses particularités et ses besoins.

Comment le personnel soignant peut-il mieux prendre en charge les personnes LGBT ?

 

  •  À travers des outils pédagogiques et des formations, être informé des particularités médicales concernant les personnes LGBTQ+ et diabétiques.
  • Adopter un langage qui ne soit pas hétéronormé. Par exemple, employer le terme “partenaire” plutôt que “mari” ou “femme”. Plus d’information sur le pouvoir langage dans la prise en charge du diabète ici.
  • Demander l’orientation sexuelle et l’identité de genre du patient (et respecter si la personne refuse de répondre) dans le but d’être davantage vigilant à certains risques de santé.
  • Proposer aux patients des brochures et des ressources sur la santé des personnes LGBTQ+, dans la salle d’attente par exemple.
  • À l’hôpital ou dans un cabinet médical, installer des toilettes non genrées.

Cet article espère ouvrir un dialogue sur la place de l’identité sexuelle dans la prise en charge du diabète. Il ne dit pas que les professionnels de santé doivent connaître les détails de la vie privée de la personne diabétique. Il invite plutôt les professionnels de santé à créer davantage un environnement de confiance dans lequel parler d’hétéro/homo/inter/trans/a-sexualité est possible et encouragé. Il invite aussi les associations de patients à donner une place à la parole des personnes LGBTQ+ dans leurs ateliers, leur site internet, leur documentation. Chaque patient diabétique et LGBTQ+ mérite des soins fondés sur l’écoute et la pratique des réalités LGBTQ+.

 

Cet article est aussi une invitation à l’échange. Si vous vous sentez concernés par l’article, écrivez-nous : diabetopole@gmail.com.

La ménestrelle

ÉCRIT PAR NINA TOUSCH, LE 05/02/2021

Nina a créé Diabetopole en septembre 2020, tout juste huit ans après être devenue diabétique. Elle aime tenir informé les diabétiques sur ce qu’il ce passe sur la planète Diabète et n’hésite pas à aller au bout du monde pour vous rapporter des infos croquantes. Suivez-la sur les réseaux sociaux.