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Les aventures de Clara, fondatrice de l’association Chronic Buddy.

Par Clara Houzelot – Publié le 12/03/2021

Devenir diabétique ne m’a pas empêchée de repartir à l’autre bout du monde

Moi c’est Clara, 26 ans et toutes mes dents… Et diabétique de type 1 depuis décembre 2016, soit un peu plus de 4 ans ! Le diabète est entré dans ma vie à un moment où je terminais mes études et j’avais soif de continuer à parcourir le monde qui m’entoure. Je dis continuer car j’ai eu la chance de vivre et de voyager avant cela près d’un an et demi en Amérique Latine et dans de nombreux pays d’Europe et d’Afrique.

Au-delà du bouleversement de la vie quotidienne, le diagnostic a amené avec lui toute une armada de contraintes et de peurs. J’avais l’impression qu’on me volait ma liberté et ma spontanéité : ma vie allait désormais dépendre d’un système de santé, de ma capacité à transporter, à protéger et à m’administrer ce précieux liquide qui nous tient en vie. Et à ce moment-là de mon existence, j’avais l’impression que mes voyages ne seraient plus jamais les mêmes et que je ne pourrais plus jamais repartir à l’aventure en sac à dos en me laissant vivre au gré des rencontres, des opportunités et des paysages.

Un peu moins d’un an après mon diagnostic, je suis repartie seule pour deux mois en Equateur, pays que je connaissais déjà car j’y réalisais un travail de recherche. J’étais donc moins anxieuse à l’idée de partir seule car j’allais retrouver quelques connaissances et m’installer dans une auberge de jeunesse dans laquelle j’avais déjà travaillé. En arrivant, je leur ai donc annoncé que j’étais désormais diabétique et que si je ne me réveillais pas un matin il fallait s’inquiéter pour moi. Le fait de pouvoir avoir un endroit où stocker son matériel et de se sentir soutenue à des milliers de kilomètres de chez soi allège beaucoup la charge mentale et le stress ! Car j’étais quand même très anxieuse au moment où je préparais mon séjour. Je ne me sentais pas vraiment accompagnée par mes médecins de l’époque : j’avais vu ma diabétologue 20 minutes qui m’avait fait un certificat pour le transport du matériel, et mon médecin traitant n’était pas en mesure de répondre à mes questions. Mes recherches sur internet n’avaient répondu qu’à moitié à mes questions et je ne connaissais personne pour me partager son retour d’expérience.  Finalement, ce séjour en Equateur a été un très beau challenge pour mon diabète et un moyen de me sentir reprendre le contrôle sur ma vie. Avec plus de précautions que les fois précédentes, j’ai pu reprendre le trekking en haute altitude et monter jusqu’à presque 5000m ! J’ai adapté mon traitement au changement de climat (tropical, montagnard… c’est la richesse de ce petit pays) et à toutes les spécialités locales que j’ai pu manger.

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Et chronic buddy fut : une association aux côtés des aventuriers diabétiques

L’été suivant, j’ai souhaité renouveler l’expérience avec mon copain afin de profiter des dernières « grandes vacances » avant de commencer notre vie professionnelle. Nous avions envie de partir à la découverte de l’Asie centrale et de ces pays en « stan » souvent méconnus : Kirghizstan, Tadjikistan, Ouzbékistan, Kazakhstan… Et pour rien ne vous cacher la préparation a été un vrai casse-tête car nous souhaitions partir en itinérance pour presque 2 mois en traversant des zones isolées où certains villages n’avaient pas d’électricité. Alors comment conserver cette « putain » d’insuline (pardonnez-moi le mot) et me trimballer avec tout le matériel en rab pour la durée de notre séjour ?  Comment faire s’il m’arrive quelque chose alors que nous sommes à 2jours de transports d’un hôpital dans des pays où les réserves d’insuline et de matériel médical manquent ? Pour expliquer mes besoins dans un pays où très peu de personnes parlent anglais ? Comment mon corps va-t-il réagir au fait d’être à plus de 3000m d’altitude sur une période prolongée ? Et j’en passe et des meilleures. Malgré toutes ces questions et incertitudes, nous avons décidé de partir et de prendre certains risques, là où un ami diabétique m’a dit que j’étais folle. Et je le comprends en soi… Mais pour ma part je n’ai jamais voulu renoncer à mes rêves.

Alors avec mon copain, sans qui je n’aurais évidemment jamais entrepris ce genre de voyage, nous avons établi des stratégies pour tracer notre itinéraire en fonction des contraintes, en réservant la traversée du Pamir pour la deuxième partie de notre voyage où je n’aurais plus besoin de conserver les stylos au froid. Nous avons laissé à notre point de départ et d’arrivée (Bichkek) dans le frigo de l’hôtel deux stylos d’insuline, ainsi qu’au milieu de notre itinéraire au cas où nous aurions besoin de revenir sur nos pas pour en récupérer. Et tout s’est finalement très bien passé. J’ai eu peur lorsque j’ai commencé à avoir de la fièvre en altitude car je ne savais pas si c’était dû au mal des montagnes ou à une autre raison qui aurait pu mettre ma santé en danger à un moment où nous étions loin des grandes villes. Finalement, comme je voyais que ma glycémie n’augmentait pas j’étais rassurée par le fait que cela n’était pas dû à une infection mais sûrement à l’altitude. Et c’est effectivement passé dans les jours suivants au fur et à mesure que nous redescendions.

C’est aussi pendant ce voyage, lors d’un trek au lac Song Kul que j’ai partagé avec Juliette, une amie d’enfance en vadrouille dans la région, que j’ai ressenti l’envie de me bouger afin que les personnes atteintes de pathologies chroniques comme elle et moi puissent vivre leurs rêves au-delà des frontières (et) de la maladie. Au fil de nos discussions, nous nous sommes rendues compte que bien qu’ayant deux pathologies bien différentes nous rencontrions de nombreuses problématiques communes (manque d’information, de soutien, difficultés logistiques, peur de partir seul etc.). L’idée de créer l’association Chronic Buddy est née, avec l’objectif de faciliter le voyage à l’étranger des personnes atteintes de maladies chroniques en leur apportant information et soutien humain. Une communauté ouverte à tous, non exclusive à une seule pathologie, à mi-chemin entre le guide du routard et couchsurfing pour s’entraider. Des premiers partenariats et projets sont lancés et des premiers contenus sont publiés sur notre site internet…. Vous pourrez d’ailleurs découvrir de supers contenus fin mars 2021 spécial diabète réalisés avec la Fédération française des diabétiques !

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Avec la pandémie et nos convictions personnelles, notre regard sur le fait de voyager à l’étranger a considérablement évolué. Privilège de classe, impact climatique des voyages lointains pour de courte durée… A titre personnel, je n’avais plus envie de mettre autant d’effort dans la construction de cette plateforme telle qu’on l’avait imaginé au départ. Mais l’envie d’apporter notre pierre à l’édifice et d’aider les personnes diagnostiquées avec des maladies chroniques comme le diabète à repartir à la découverte de soi et du monde reste. Alors c’est un nouveau chapitre pour l’histoire de Chronic Buddy qui s’ouvre, autour d’une conception élargie du voyage, et des nouveaux projets à lancer !

Et si vous avez envie de nous rejoindre ou simplement prendre un café pour discuter… la porte est grande ouverte.

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ÉCRIT PAR CLARA HOUZELOT, LE 12/03/2021

Clara a bientôt 27 ans et 4 ans de diabète. Elle aime comprendre le monde qui l’entoure et la nature. Elle travaille dans un Think & Do Tank dédié à la transition écologique des entreprises. Le reste du temps, elle développe l’association Chronic Buddy qu’elle a fondé en 2019 pour soutenir les personnes diagnostiquées avec une maladie chronique à (re)partir à la découverte de soi et du monde pour voyager vers la résilience.

 

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